ALERTE MICAH!

Burundi: rapport sans concession du Comité contre la torture sur les exécutions ou les actes des Imbonerakure

Le Comité de l'ONU contre la torture a conclu, ce vendredi à Genève, les travaux de sa cinquante-huitième session, entamée le 25 juillet, en adoptant ses observations finales sur les rapports examinés durant cette session dont celui du Burundi. Et les conclusions de ces experts indépendants des Nations Unies sont sans concession. Ils ont en effet présenté un rapport accablant sur des centaines d'exécutions, des cas de torture et de viols commis au Burundi et a donné deux mois au gouvernement pour répondre de ces accusations.
Le Comité contre la torture s'est profondément préoccupé des graves violations des droits de l'homme qui auraient été commises au Burundi depuis avril 2015, « dans le cadre de la répression du mouvement de protestation contre la décision du Président, Pierre Nkurunziza, de se présenter pour un troisième mandat ». C'est dans ce contexte que lors de sa 58e session tenue à Genève, le Comité contre la torture a examiné le rapport spécial qu'il avait demandé au Burundi après avoir reçu « des informations alarmantes faisant état de possibles cas de torture à motivation politique ou ethnique ».
Le Comité s'est ainsi inquiété des « fosses communes et assassinats politiques présumés ». Il a donc demandé à Bujumbura de mettre en œuvre « sans délai des moyens nécessaires afin de localiser, préserver et mettre en surveillance les sites présumés de fosses communes afin qu'une commission d'enquête indépendante puisse commencer le processus d'exhumation, d'analyse et d'identification des corps s'ils existaient ».
Le Comité contre la torture dénonce également les « disparitions forcées d'opposants politiques », citant le chiffre de 36 cas entre avril 2015 et avril 2016, les « violences sexuelles par les forces de sécurité et des jeunes Imbonerakure », ainsi qu'une « rhétorique génocidaire » visant la minorité tutsie.
«Bien que la crise au Burundi soit de nature politique », le Comité s'est gravement préoccupé par les déclarations de « hauts responsables burundais ayant recours à une rhétorique génocidaire ». A cet égard, les experts indépendants de l'ONU se sont alarmés de ces informations faisant état « d'assassinats  et disparitions forcées d'officiers des anciennes Forces armées burundaises, dit ex-FAB, après la tentative de putsch en mai 2015, et qui pourraient avoir un caractère ethnique ». « Cette dimension ethnique du conflit pourrait être aggravée par des actions de répression menées dans des quartiers majoritairement habités par des tutsis ». Dans ces conditions, le Comité demande à Bujumbura d'assurer la protection des membres appartenant à l'ethnie minoritaire qui pourraient être particulièrement exposés au risque de mauvais traitement. Les experts onusiens demandent aussi aux responsables politiques burundais de « cesser toute déclaration publique qui pourrait exacerber les tensions ethniques ou inciter à la violence ou à la haine ».
Le document de 12 pages demande par ailleurs aux autorités burundaises d'ouvrir des « enquêtes indépendantes et impartiales » sur 348 exécutions extrajudiciaires et 651 cas de torture enregistrés entre avril 2015 et avril 2016, qui auraient été commis en majorité par des membres de la police et des services de renseignement.
Enfin, le Comité enjoint instamment l'Etat partie (Burundi) à protéger les membres de la société civile qui ont coopéré avec le Comité et à cesser tout acte de représailles. Une recommandation qui n'est pas étrangère à cette information faisant état d'une demande du procureur burundais pour une radiation de quatre avocats du barreau de Bujumbura, alléguant « leur implication dans la participation à un mouvement insurrectionnel et une tentative de coup d'État ». Des avocats qui avaient participé à la rédaction d'un rapport de la société civile burundaise qui mettait en exergue des cas de torture et de disparitions.
Face à la gravité de la situation au Burundi, le Comité demande d'ailleurs à Bujumbura de lui soumettre « d'ici au 12 octobre un rapport spécial de suivi sur toutes les mesures prises pour mettre en œuvre l'ensemble des recommandations » figurant dans le rapport.

Alpha Diallo
Credit photo: ONU

Aucun commentaire